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  • 14 juillet 2024
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Maltraitance des enfants placés : une affaire en Creuse qui pourrait cacher des détournements de fonds à plus grande échelle

Maltraitance des enfants placés : une affaire en Creuse qui pourrait cacher des détournements de fonds à plus grande échelle

Un lieu de vie qui accueille des jeunes en difficulté placés à Saint-Maurice-La-Souterraine, dans la Creuse, dépendant du groupe Anvie, a fermé en mars 2024. Une information judiciaire a été ouverte pour violences aggravées sur mineurs, défauts de soins et travail forcé et conditions de travail indignes à la vie humaine, soupçonnés au sein de cette structure. L’occasion de découvrir que se cache peut-être aussi une affaire de détournements de fonds au sein du groupe Anvie, à une échelle beaucoup plus large.

◆ Une affaire citée sur le plan national

L’affaire a fait du bruit jusque dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale. En avril 2024, Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, affirmait que « le premier parent irresponsable, c’est l’État ». « L’État est défaillant en matière de protection de l’enfance, défaillant en matière du respect des enfants placés. » Mathilde Panot citait pour appuyer son argument, entre autres exemples, Le Dognon, lieu de placement creusois, situé à Saint-Maurice-La-Souterraine, en rapportant « l’information judiciaire, ouverte pour violences aggravées sur mineurs, défaut de soins, travail forcé et conditions de travail indignes à la vie humaine dans la Creuse, et ce de la part d’une structure qui utilisait le maraîchage comme soi-disant “support pédagogique” ».


Photo du Dognon trouvée sur le site d’Anvie

◆ Lieu de placement ou centre éducatif fermé ?

Le responsable du Dognon, mis alors en examen et placé en détention provisoire, a été libéré en attendant son jugement. Le lieu de vie n’en reste pas moins portes closes, les quatre enfants placés ici par l’aide sociale à l’enfance d’autres départements ayant été replacés dans d’autres structures.

Un éducateur, ancien militaire, nous confie avoir été stupéfait qu’on n’exige de lui aucune formation en lien avec les enfants pour travailler là-bas, et avoir également demandé à la direction quelle était la différence entre un centre fermé et ce lieu de vie. Question qui ne fut guère appréciée par ses employeurs…

◆ Un enfant malade dont on a sous-estimé l’état

L’enquête a démarré après le signalement d’un médecin auprès du parquet. Un enfant tout récemment placé au Dognon ainsi que son éducateur se sont confiés à lui, alors qu’ils se trouvaient aux urgences. L’enfant, âgé de dix ans, affirme qu’alors qu’il était malade et qu’il n’avait plus la force de travailler dans le jardin, le responsable de la structure l’a obligé à marcher quinze kilomètres, au bord d’une départementale, sous un soleil de plomb. En plein chemin, au bout de 7 kilomètres, il s’est effondré, fiévreux, et a dû être emmené à l’hôpital. Le parquet évoque des « sanctions infligées aux enfants [qui] semblent inadaptées, disproportionnées », comme le rapporte nos confrères de FranceTV info.

« La direction, qui m’a licencié suite à cet épisode, me reproche notamment aujourd’hui de ne pas m’être opposé à l’ordre de marcher de ma responsable, alors qu’elle était la première à cautionner lors de nos réunions en visio régulières ce genre de pratiques avec lesquelles je n’étais justement pas d’accord. C’est le monde à l’envers ! » poursuit l’éducateur concerné.

◆ Des lieux qui cassent les enfants ?

Si l’on ne peut déresponsabiliser totalement les familles de ces enfants, il serait grand temps, selon certains élus, d’améliorer les conditions d’accueil et d’accompagnement psychologique de ces enfants déjà abîmés par leur histoire personnelle. Mathilde Panot partageait en avril ces chiffres désolants : « Seuls 13 % des enfants placés obtiennent leur brevet des collèges contre 80 % en population générale. La moitié des mineurs qui se prostituent viennent des foyers de l’aide sociale à l’enfance. 40 % des personnes sans domicile fixe de moins de 25 ans sont d’anciens enfants placés. Depuis longtemps, nous alertons, les chiffres sont révoltants, mais derrière les chiffres il y a des noms et des tragédies personnelles, qui sont chargées de vos manquements. En octobre dernier, Méline, qui avait seulement 11 ans, a été retrouvée pendue dans son foyer de l’Oise. En janvier, Lili, 15 ans, a mis fin à ses jours dans un hôtel où elle avait été reléguée […] Aux listes macabres s’ajoutent des scandales devenus quotidiens. C’est par exemple Nadia, ancienne enfant placée dans le Nord, qui porte plainte pour torture et acte de barbarie contre l’ASE et sa famille d’accueil. »

Elle conclut par des questions : « Quand allez-vous débloquer les moyens à la hauteur des besoins ? Quand sera recentralisée la protection de l’enfance pour s’assurer que les enfants placés soient protégés de la même manière, quel que soit leur lieu de vie ? Et quand allez-vous obliger les départements à remplir le registre national de suivi des enfants placés ? »

◆ Des questions qui émergent et des langues qui se délient

Au-delà de ce qui concerne le traitement des enfants, sont à remettre en question les méthodes de gestion des structures chargées d’accueillir les enfants placés. Un article de Mediapart est sorti à point nommé en juin pour mettre en lumière l’enquête qu’il mène depuis des années sur trois organismes œuvrant pour l’ASE visés par Anticor, qui les accuse de prise illégale d’intérêts et de détournement de fonds publics.

Parmi eux, le Reso Labonde, scindé et réparti depuis entre les deux frères qui le géraient, Quentin et Thomas Voeltzel, aujourd’hui en procès l’un contre l’autre, Quentin accusant Thomas de détournement de fonds. Si Quentin s’occupe aujourd’hui de la partie toujours nommée Reso Labonde, il nous explique que c’est Thomas qui gère la partie devenue Anvie, dont dépend le lieu de placement en Creuse évoqué dans cet article.

Selon Quentin, « deux autres lieux d’accueil qui étaient gérés par la même entité Anvie, mais en Bretagne, à Plédéliac et Roz Landrieux, ont aussi été fermés en février 2024. Les conditions d’accueil étaient les mêmes qu’au Dognon : marche, plaquage au sol, balayette, malnutrition. Désormais, c’est moi qui gère ces lieux et les départements d’Ille-et-Vilaine et des Côtes-d’Armor où ces deux lieux étaient installés n’ont pas souhaité répondre à mes sollicitations. »

L’affaire impliquant Le Dognon s’arrêtera-t-elle à la mise en cause du responsable creusois du lieu ou sera-t-elle un moyen inattendu de faire également la découverte de pernicieuses magouilles à des échelles plus grandes, au sein de la direction et au-delà ? L’avenir nous le dira.

Article par Estelle Brattesani

⇒ Lire notre article « Enfants sacrifiés : les placements abusifs par l’État » dans notre n° 148 (sept.-oct. 2023) :

⇒ Lire notre article « Sexualisation des enfants, une enfance sacrifiée », dans notre n° 152 (mai-juin 2023) :


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